Lectures

Dans un groupe d’amis qui discutent entre eux, un athée se lève et commence à argumenter contre Dieu et la stupidité de la foi : il s’efforce de démontrer qu’il n’y a pas de monde spirituel, ni Dieu, ni Christ, ni d’au-delà et que l’homme n’est que matière sans âme. Seule la matière existe, répète-t-il : nous ne sommes que matière. Un ami (chrétien convaincu) se lève; il saisit sa chaise, la lève et la jette à terre. Il reste immobile un moment à la regarder. Après quoi, il gifle son ami athée. Ce dernier se choque et le visage rouge d’indignation, il lui hurle des obscénités, et finit par lui demander : « Pourquoi m’as-tu frappé ? » Et l’autre de répondre : tu viens de nous prouver que ta théorie est fausse. Tu disais que nous ne sommes que matière. J’ai pris une chaise, je l’ai jetée par terre, elle n’a pas réagi : elle est matière, et la matière ne se choque pas. Mais toi, tu as réagi : tu viens donc de nous prouver que tu es un être spirituel…

Un être spirituel, c’est un être créé pour aimer et être aimé, pour produire, pour comprendre; un être intelligent capable de penser, de raisonner et de construire… Un être capable d’espérer et de croire à l’impossible. Dieu nous a voulus « être spirituel », c’est pourquoi il prend un corps d’homme pour nous sauver. Et comme Dieu dépasse notre entendement, il prend l’initiative de venir personnellement nous recentrer sur lui par la présence insoupçonnée du Ressuscité. Mais notre rencontre avec le Christ ne se prévoit pas : il ne prend pas de rendez-vous. Il se manifeste dans un événement, dans une épreuve ou dans chacun de nos engagements au service du prochain. La personne passive qui ne s’engage jamais ou qui attend tout des autres sans jamais se donner ne fera probablement jamais l’expérience réelle de Dieu.

Vivre la présence de Dieu, c’est vouloir libérer nos sources intérieures et non pas abaisser Dieu à notre diapason : voilà le vécu des apôtres après la résurrection : forte est leur tentation de retourner à leur Galilée de jadis en se basant sur leurs sécurités du passé plutôt que de chercher Dieu dans le présent. Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos habitudes, nos lois, nos traditions ou nos institutions. Il se retrouve au coeur de nos risques et de nos dépassements.

Gilles Baril, prêtre modérateur

Évangile du 3e dimanche de Pâques


En ce 11 avril 2021, deuxième dimanche de Pâques, la Liturgie de l’Église nous propose une page de l’Évangile de saint Jean considérée comme un véritable trésor catéchétique. Nous pouvons tirer plusieurs enseignements de ce texte, nous en retiendrons un susceptible de nourrir notre foi. Vous avez probablement remarqué que Jean prend un grand soin à placer le décor de son récit : un soir, un dimanche, les disciples sont apeurés, les portes et les fenêtres du lieu où ils se cachent sont verrouillées. La pièce était probablement dans la pénombre, car on peut deviner qu’il n’y avait pas de feu dans l’âtre, de peur d’être démasqués par le voisinage. C’est dans ce décor de peur, d’angoisse et de repliement sur soi que le Ressuscité se fait présent aux disciples. « Je vous envoie » dit Jésus. Alors que les portes, les fenêtres et, par surcroît, le coeur des apôtres sont verrouillés à double tour, cet ordre résonne comme un véritable défi.

Prévoyant que les apôtres allaient manquer de souffle (peut-être que certains avaient même le souffle coupé !), le Ressuscité souffla sur eux et leur donna l’Esprit Saint. Manqué de souffle, c’est parfois ce qui caractérise les chrétiens aujourd’hui, ou du moins ce qu’ils laissent malheureusement paraître. Ils nous arrivent de ressembler aux apôtres qui ont peur en l’avenir : la peur de perdre un héritage ; la peur d’un changement qui bouleverserait nos habitudes ou pire, la peur de voir disparaître ce qui nous tient à coeur. De nos peurs et de nos craintes face à l’avenir, Jésus nous lance un défi : « Je vous envoie ». Le Souffle du Ressuscité remplit l’espace intérieur, il n’y a pas d’hommes et de femmes privilégiés pour l’Esprit, il souffle en qui il veut. Le Souffle du Ressuscité remplit l’espace géographique. Il n’y a pas de villes, de pays ou de continents privilégiés pour l’Esprit, il souffle où il veut. Le Souffle du Ressuscité remplit l’espace-temps, il n’y a pas d’âges et d’époques privilégiés pour l’Esprit. Il souffle quand il veut.

Rappelons-nous que l’Esprit de Jésus Ressuscité ne souffle pas à côté de nos espoirs, de nos projets et de nos talents. Il souffle par les projets que nous mettons sur pied et par les
talents que nous acceptons de partager pour le bien commun. Aujourd’hui, sa Parole nous
est adressée : « Toi, homme ou femme, de tout âge, de toute condition et de tous les
continents, je t’envoie ! » Bonne route et bonne semaine !

Yvan, animateur paroissial

Évangile du deuxième dimanche de Pâques


Deux récits de création !

Parfois, des jeunes m’interpellent sur la naïveté des gens qui croient au récit de la création en sept jours que raconte la Bible. En guise de réponse, je provoque leur étonnement en leur apprenant qu’il existe deux récits de la création dans le livre de la Genèse. Selon le premier (1,1-4a), Dieu ne crée l’homme et la femme qu’en dernier lieu, le sixième jour, avant de se reposer le septième. Dans le deuxième (2, 4b-25), Adam et Ève sont présents dès le début de la création.

Cette importante différence entre les deux récits permet de se rendre à l’évidence : leurs auteurs ne cherchent pas à rapporter des faits historiques, mais plutôt à expliquer notre condition humaine en ce monde. Lorsque je demande aux jeunes s’ils croient qu’une véritable course s’est tenue entre le lièvre et la tortue de la fable, ils répondent non, bien entendu. La morale de cette histoire est-elle fausse pour autant? Répondre à la question aide à mieux saisir la valeur des récits de la création. Il importe de les aborder différemment des textes de type journalistique rapportant des événements vérifiables.

Que retenir donc de ces écrits? Difficile de résumer l’essentiel en si peu de mots. Le premier récit souligne que Dieu, dont nous sommes l’image, nous veut libres, debout, féconds et participants de son oeuvre de création, qu’il trouve bonne, voire très bonne. Le deuxième exprime les conséquences pour l’être humain d’user de sa liberté à mauvais escient, c’est-à-dire de décider de ce qui est bien et mal avec les seuls yeux de ses désirs et de ses émotions, sans le regard de l’âme.

Dany Dubois
Prions en Église, 11 avril 2021


Avec la fête de Pâques, s’amorce le temps pascal, où la Liturgie de l’Église puisera abondamment dans le Nouveau Testament pour nourrir notre prière et notre foi en la résurrection du Christ. Aujourd’hui, l’évangéliste Jean nous apprend que, de grand matin, le premier jour de la semaine, deux femmes et deux hommes se sont rendus au tombeau pour constater que le corps de Jésus n’y était plus. Différentes manières de réagir au tombeau vide nous sont dévoilées. Les femmes, on peut les imaginer horrifiées, courent annoncer la nouvelle aux disciples. Pour sa part, Pierre entre dans le tombeau et semble abasourdi, il cherche à comprendre. L’autre disciple, celui que la Tradition associe à l’apôtre Jean, est, à l’opposé des trois autres, saisi d’une conviction profonde : « Il vit et il crut ». Les dés sont maintenant jetés : le temps du Jésus de l’histoire, celui qui a marché en terre de Palestine est terminé. S’ouvre en ce matin de Pâques pour les disciples et pour nous, le temps du Jésus de la foi, car rien ne sera plus comme avant !

« Il vit et il crut ». Cette petite affirmation pose la question de la foi. Il y a dans le fait de croire une notion de confiance, qui laisse une place offerte au mystère. Avoir foi en quelqu’un, en quelque chose, c’est bien davantage que « savoir », c’est, comme l’écrit l’auteur et compositeur Yves Duteil dans son recueil La petite musique du silence : « Reposer son âme sur un socle solide. » Aujourd’hui, nous exigeons des preuves et des démonstrations scientifiques avant de s’engager. Yves Duteil ajoute : « Croire, c’est, dans l’obscurité, sur un chemin de questions, accepter de faire face à l’inconnu. C’est avoir le courage d’accueillir ce mystère comme la réalité qu’il nous reste à découvrir. » C’est probablement cette expérience intérieure que Jean a vécue dans l’entrée du tombeau. Il a accueilli le mystère de la résurrection de Jésus comme une réalité qui lui restait à découvrir et non pas comme une réalité à analyser et à démontrer.

En cette fête de Pâques, l’Équipe pastorale de la paroisse Saint-Paul vous offre ses meilleurs voeux et porte l’espoir d’un temps pascal qui nous ouvrira sur davantage de lumière. Puissions-nous accueillir la résurrection du Christ comme un mystère qui nous reste à découvrir et qui illuminera notre vie ! Joyeuses Pâques !

Équipe pastorale
Abbé Gilles Baril, Andréanne Lavoie, Lise Gagnon,
Thérèse Théberge. Benoit Couture, Sylvain Turcotte et Yvan Demers

Évangile du Dimanche de Pâques


Tout le monde le trouvait beau, bon et fin. Partout où il passait, il laissait des traces de bonté, de douceur et de tendresse. Chaque fois qu’il parlait, il était loué, félicité et adulé. Il ne se faisait plus d’hommes comme lui : aimant et aimé, écoutant et écouté, accueillant et accueilli. Mais un jour, le vent tourna de bord. Il n’était pas tendre, il était faible ! S’il aimait, c’était par intérêt personnel ! Il parlait pour se faire dire qu’il était bon ! Bref, ses belles manières et ses belles performances n’étaient là que pour maquiller son égoïsme et son ambition. Ce n’était qu’un vulgaire profiteur !

Il y a de cela près de 2000 ans, un homme qu’on appelait Jésus et qui se disait Fils de Dieu, recevait les acclamations en grand nombre : « Hosanna ! Fils de David ! » Monté sur un âne, il défilait en procession devant la foule qui lui faisait une ovation debout. On était prêt à le faire roi ! Cinq jours plus tard, on le rejetait, on le traînait en procès, on le pendait sur une croix: il était devenu un ennemi de la nation, un traître, un blasphémateur. Nous connaissons tous ces revirements subits : sourires en face, mais coups de poignard dans le dos, succès hier et revers demain, grandeur et misère, amour et haine, honneur et mépris. Pourquoi ? Pourquoi tant de souffrance ? Pourquoi si peu d’Amour ? À quoi ça sert d’aimer ? De rendre service ? De donner sa vie ? Mais, où donc est Dieu ? Où es-tu Dieu quand j’en arrache avec ma vie ?

J’ai vu il y a quelques années une émission à la télévision qui rapportait le témoignage d’un père jésuite qui s’était donné comme mission de visiter différents lieux de la mort à travers le monde pour essayer de saisir un sens à ce qui semble humainement tout à fait incompréhensible. Il racontait que, rendu dans un camp de concentration où on tuait les Juifs durant la guerre de 1939-1945, il y avait, écrit sur le mur d’un four crématoire en grosses lettres : « Mais où donc est Dieu ? » puis en petites lettres en dessous, il était écrit : « La vraie question ne serait-elle pas : où donc est l’homme? » Dieu se fait silence par respect de la liberté humaine… Dieu se fait silence et il souffre avec ceux qui en arrachent… Dieu se fait silence pour que nous, les humains, devenions Parole. Ne gaspillons pas les souffrances de l’humanité sans les offrir à Dieu.

Gilles Baril, prêtre modérateur

Dimanche des Rameaux – 28 mars 2021


Le Nouveau Testament regroupe les textes fondateurs du christianisme. Depuis des siècles, il inspire les personnes en quête de sens et de spiritualité et a marqué la culture occidentale. Quelles sont les diverses images de Jésus et de Dieu qu’il transmet ? Comment lire et interpréter les 27 livres qu’on y retrouve ? Un parcours catéchétique très intéressant est offert gratuitement sur Internet par SOCABI où il est possible de progresser à notre rythme au gré des lectures et des vidéoclips. Voilà une belle occasion de vivre un ressourcement pendant la période du carême, une retraite pour nourrir le coeur et l’esprit.

Ouvrir le Nouveau Testament


REDÉCOUVRIR LE NOTRE PÈRE

Le Notre Père ne veut souvent rien dire pour les jeunes. La majorité d’entre eux ne saurait le réciter. Parmi ceux qui le peuvent, peu en comprennent toute la profondeur. Ce constat m’amène à leur faire vivre une expérience particulière : réciter la prière de Jésus à l’envers. En effet, on en saisit mieux le sens en procédant ainsi. Tentons l’expérience…

« Délivre-nous du mal ». Tout part de là ! Le peuple hébreu crie dans le désert pour être enfin libéré, et il le sera. Jésus nous libérera de la mort et le baptême en est le signe visible. Maintenant que nous sommes libres, le Seigneur « ne nous laisse pas entrer en tentation », car nous pourrions alors vénérer de faux dieux, comme dans le désert, et oublier qui nous sauve vraiment. Si nous tombons, « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Oui, nous connaîtrons des rechutes, mais Dieu nous pardonnera. Et afin d’obtenir la force d’affronter ces épreuves, « donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ». Après la manne dans le désert, voici maintenant le pain eucharistique.

En échange, dans ce contrat d’alliance, nous travaillerons pour « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », sachant que la volonté de Dieu ne se résume pas aux événements qui nous arrivent, mais à ce que nous faisons au coeur de ceux-ci pour demeurer fidèles et nous aimer les uns les autres. Ce faisant, nous serons des artisans, travaillant pour « que ton règne vienne, que ton nom soit sanctifié », car nous reconnaissons Dieu comme « Notre Père qui es aux cieux ».

Et voilà que les jeunes découvrent soudain une prière pleine de sens ! Et vous ?

Dany Dubois
Prions en Église, 22 novembre 2020


Dernière mise à jour de cette page : 16 avril 2021