Le mot du pasteur


Saviez-vous qu’il y a eu un quatrième roi mage qui s’est présenté à la crèche de Bethléem ? On en a moins parlé parce qu’il est arrivé en retard et les mains vides. C’est du moins ce que j’ai appris ces derniers jours en lisant des contes de Noël. Il s’agissait d’un Éthiopien (le pays le plus riche à l’époque de Jésus). Il n’est pas parti les mains vides, c’était un roi – il avait trois perles blanches aussi grosses que des oeufs d’autruche à offrir à l’enfant Dieu qui avait fait lever une étoile dans le ciel.

Mais, le premier soir, il coucha dans une auberge – il y avait là un vieillard étendu sur un banc, presque mort et sans argent. Nul ne savait son nom et il devait être jeté dehors le lendemain, s’il ne mourait pas durant la nuit. Ému de compassion, le roi donne une perle précieuse à l’hôtelier pour qu’il le loge et fasse venir un médecin, et s’il mourrait pour qu’il l’enterre convenablement. Ceci inspira probablement à Jésus l’histoire du bon samaritain. Chemin faisant, quelques jours plus tard, il traversa une région désertique. Soudain il entendit des cris provenant d’un petit bois. Il y avait là des soldats en train de maltraiter une jeune femme. Il donna sa deuxième perle pour acheter sa délivrance. Sans remercier, elle s’enfuit dans la montagne: il ne faut pas toujours attendre de la reconnaissance des autres pour s’engager.

Rendu à Bethléem, il rencontra des soldats d’Hérode en train de tuer tous les garçons de deux ans et moins. Il prit sa troisième perle et il la donna à des soldats pour qu’ils rendent les enfants à leur mère. Celles-ci saisirent leurs fils et s’enfuirent au plus vite. (C’est peut-être ainsi que fut protégée la vie de Jean Baptiste.) C’est alors que le Roi arriva les mains vides à la crèche de Bethléem. Et c’est avec beaucoup de joie que Jésus accueillit le quatrième roi mage: il lui fit son plus beau cadeau, son premier sourire…

Aujourd’hui nous sommes les 5e, 6e, 7e rois mages à nous présenter devant l’enfant-roi de Bethléem. La fête de l’Épiphanie est la manifestation par Dieu de sa présence à tous les peuples de la terre. Les rois mages sont des non-juifs qui se mettent en route pour aller vers Dieu: ils sont nos ancêtres dans la foi, car ils s’affichent comme croyants dès la naissance de Jésus. L’Épiphanie est en quelque sorte la fête de Noël des non-juifs que nous sommes. L’important pour Dieu n’est pas de se présenter à lui les bras chargés de cadeaux, mais plutôt le cour rempli de reconnaissance et de tendresse. Comme les mages de jadis, il nous faut marcher vers Dieu avec confiance, même si parfois, nous rencontrons de la mauvaise foi et de l’indifférence sur nos chemins, comme les Mages l’ont vécu chez Hérode.

L’esprit du voyage, dit saint Augustin, consiste à « Porter celui avec qui nous marchons pour parvenir à celui avec qui nous désirons demeurer ». Porter l’autre par nos actes de générosité et de bonté, en ne perdant jamais une occasion de semer la paix et la joie. Porter l’autre, c’est parfois juste être là: l’accompagner dans le silence, comme Marie dans l’évangile.

Gilles Baril, prêtre modérateur

Source : Infolettre Paroisse Saint-Paul, 3 janvier 2021

Évangile du dimanche 3 janvier 2021


Je vous amène au cinéma. Un homme se promène à pied par un beau dimanche de printemps fier de porter un bel habit neuf qui lui va très bien. Une auto passe — il y a de la vase – l’auto ralentit et notre homme se sent sécurisé : « Il m’a vu ! ». Mais l’auto l’arrose et v’là notre homme qui est tout sali.

J’arrête mon film : Que se passe-t-il dans la tête du monsieur ? Il est choqué, il se dit que le conducteur est un imbécile…

Le film continue : L’homme s’arrête, sort de l’auto et s’excuse en disant : « Je ne voulais pas vous arroser, mais j’ai dû le faire pour ne pas frapper un enfant. Le monsieur se retourne et reconnaît son fils. Alors la rage cède et fait place à la reconnaissance : « Merci monsieur ! »

Que pourrait-on retenir de ce film ?

a) Tout ce qu’on vit provient de nos réactions intérieures: « c’est dans la tête qu’on est beau.» Aucune situation qu’on vit ne se règle en dehors de soi-même, tous les évènements sont des occasions pour nous confronter à notre vécu personnel. Ainsi, dans mon film de départ, j’ai choisi une scène de printemps (en étant conscient que je suis « hors saison ») parce que nous sommes au printemps de la liturgie avec l’Avent. Nous devons préparer nos coeurs pour l’arrivée (le retour) du Christ avec Jean Baptiste et Marie, qui sont pour nous des témoins d’espérance et de nouveauté. Dieu ne fait rien sans que nous apportions notre collaboration à la réalisation de son projet. Par Isaïe et Jean Baptiste, il nous demande de préparer sa venue en aménageant un grand espace d’accueil pour le recevoir. Pour cela, il faut abaisser les collines de nos égoïsmes et de nos suffisances, combler les ravins de l’indifférence, aplanir la montagne de nos peurs…

b) L’homme s’est choqué parce qu’il pense que le conducteur s’est foutu de lui ou parce qu’il a investi le bonheur de sa journée dans son bel habit neuf (ce que personne n’attendait de lui !).

Jean Baptiste est comparable au conducteur de l’automobile qui est obligé de m’éclabousser dans mon présent pour libérer mon avenir. Il nous arrose pour un plus grand bienfait que je n’avais pas vu (comme le père n’avait pas vu son fils). Aussi, il nous réveille : « Changez de vie », c’est-à-dire pour nous aujourd’hui est l’équivalent de « Changez de vitesse ». Arrêtez de courir partout et prenez le temps d’écouter ce qui se vit autour de vous. Arrêtez d’être plein de vous-mêmes, nous sommes parfois tellement préoccupés de nous-mêmes que nous n’avons plus de place pour les autres ni pour Dieu.

Gilles Baril, prêtre modérateur

Source : Le Semainier, Paroisse Saint-Paul, 6 décembre 2020


L’Évangile nous parle de cinq jeunes filles insensées et de cinq jeunes filles prévoyantes. Durant mon enfance, je me souviens que le même texte parlait de vierges sages et de viarges folles, car un curé de mon enfance, prédicateur un peu rustre, nous parlait des vierges sages et des « viarges » folles. Puis, il se lançait dans un sermon sur les moeurs relâchées de la société.

C’est du retour du Christ dont il est question aujourd’hui. Et en attendant, il nous faut faire des provisions. Les jeunes filles prévoyantes sont celles et ceux qui ajustent leurs valeurs et leur agir quotidien à l’être aimé. Les insensées sont celles et ceux qui ne vivent que pour flatter leur égo sans se soucier du bien-être des autres.

Saint-Augustin disait: « La vraie connaissance de Dieu vient de la nuit (nos temps de doute et d’épreuve) comme sa naissance (nuit de Noël) et sa résurrection (nuit de Pâques). La condition requise n’est pas de ne pas dormir, mais d’avoir de l’huile dans sa lampe, c’est-à-dire de la lumière dans les yeux, de l’espérance dans le coeur. Les chrétiens doivent garder leurs yeux ouverts dans la nuit de ce monde. C’est notre regard de foi, d’espérance et de charité qui illumine la nuit du doute et du désespoir. Il n’y a pas de marchands de foi, d’espérance et de charité.

« L’huile de l’évangile est celle du désir de Dieu », disait aussi Saint-Augustin. Et nourrir notre désir de Dieu ne peut pas se faire par les autres.

Jean-Paul II ajoute:  « Faites attention aux vendeurs d’illusions et aux rêveries d’esprits inquiets. Il n’existe pas de vendeurs du désir de Dieu : ce désir jaillit de notre vécu et personne ne peut intervenir pour nous dans ce domaine de la vie intérieure. »

Gilles Baril, prêtre modérateur

Source : Le Semainier, Paroisse Saint-Paul, 8 novembre 2020


Afin de mieux connaître monsieur l’abbé Gilles Baril, prêtre modérateur de notre paroisse, consultez la brève biographie qu’il nous a fait parvenir.